Dodécathlon 20.12

Après 20 ans, maintenant 12 mois, pour 12 défis un peu fous...

vendredi 25 mai 2012

Ce qu'on sait, ce qu'on peut...

Avant le début de l'année 2012, je savais que je pouvais faire plusieurs des choses classiques qui existent dans l'univers de la course à pied.  Par exemple, bien sûr, je savais déjà que je pouvais faire un 5 km en 17:01.  Or un des objectifs du dodécathlon était de vérifier ce que j'étais en mesure de faire là où il me restait encore une flagrante ignorance.  Je savais qu'il existait tout un tas de trucs particuliers reliés à la course à pied, mais pouvais-je, moi aussi, les faire, ne serait-ce qu'une seule fois pour parfaire mon expérience, ma connaissance de cet univers de la course qui est tellement vaste qu'il peut en venir à être parfois étrange, loufoque, absurde, saugrenu...
Je suis ressorti de l'hiver, en mars, du championnat provincial d'athlétisme intérieur en sachant...que je pouvais faire un 5000m en marche olympique (en 29:15).  Et puis le printemps est venu...

Je suis ressorti, au dernier dimanche d'avril, de la Course du Printemps du cégep de Trois-Rivières en sachant...que je pouvais courir un 5 km en 20:27...en jonglant !

Je suis ressorti, au deuxième samedi de mai, de la Course CKTR du Cap-de-la-Madeleine en sachant...que je pouvais courir un 5 km en 18:55...en poussant une petite fille de 21 mois dans son "carosse" !

Je suis ressorti, au deuxième dimanche de mai, de la Course Bonjour-Printemps de Victoriaville en sachant...que je pouvais courir un 5 km en 18:57...déguisé en Obélix !  

Je suis ressorti, à l'avant-dernier mardi de mai, de la première Course au Crépuscule Milpat en sachant...que je pouvais courir un 5 km en 27:52...à reculons !

Je sais aussi, à travers les dernières semaines, que je peux faire tout ça en maintenant une respectable moyenne hebdomadaire de 140 km.  Évidemment, un tel volume d'entraînement influence à la baisse les résultats dans les diverses courses.  Je ne m'attendais pas à performer dans les défis du mois de mai.  J'ai tout de même terminé 25e sur 253 participants en jonglant; 3e du classement général avec une poussette (ou, au fond, 4e, car je me suis fait de peu coiffé à la ligne d'arrivée par une petite fille de moins de 2 ans qui m'a devancé durant toute la course sans que jamais je ne puisse la dépasser !); 1er de ma catégorie et 12e au classement général (sur 217 participants) déguisé en Obélix; mais dans les derniers à reculons !

Je sais aussi, depuis le début du mois, que le défi de juillet, que je prépare déjà "tranquillement" sera ardu quoiqu'apparemment plausible.  A tout le moins, je sais que je peux faire 30x400m en 1:21 de moyenne avec 200m de jog en 1:15 entre chacun.  Je ne doute pas que je pourrai bientôt en faire 10 de plus, quitte à maintenir une moyenne avoisinnant davantage les 1:30 par 400m.  La question est de plus en plus de savoir si je serai capable, en juillet, de faire ça tous les jours pendant une semaine... ?

D'ici là, en juin, je dois apprendre si je suis capable courir toute une nuit, ce qui implique de rester longtemps sur mes pieds à avancer et de traverser les "passes un peu freakantes" que j'imagine inévitables en pleine noirceur, seul au milieu de nulle part.

Je sais aussi que je suis inscrit au EnduRun en août, mais je ne sais pas encore ce que je pourrai y faire.  Mon corps est, présentement, en relative bonne forme.  Ce n'est pas tout à fait au point, mais ça s'en vient.  A tout le moins, mon problème de pied est derrière.  Je sais, après la course à reculons ce dernier mardi, que ce genre d'effort mécaniquement différent est la cause de mon inflammation au point d'insertion du jambier antérieur.  Je sais aussi, maintenant, mieux, ce que je peux faire pour résorber la douleur (plus) rapidement.

Finalement, déjà, après seulement 5 mois de dodécathlon, en matière de course à pied, malgré mes 20 années d'expérience, je sais pas mal de choses que j'ignorais il y a peu.  Je sais que je puis faire ceci, faire cela. 

Et vous, que savez-vous ?  Que pouvez faire ? Go go go.

vendredi 4 mai 2012

Celui-là est pleinement réussi...

Dimanche 29 avril, j'ai lancé le défi du mois de mai.  Il fallait jongler en courant durant 5 km dans une compétition.  J'ai finalement fait 20:27 !  Le seuil de réussite avait été fixé à 25:00.  J'ai échappé mes trois balles à, environ, 20 reprises.  Sans cela, j'aurais assurément fait sous vingt minutes, voire sous 19:00.  Je suis, je l'avoue, moi-même surpris de mon résultat.  3 mois d'entraînements -à travers le reste...- n'aura pas suffit à me faire battre le record du monde (16:42 !!!) mais au moins à me donner le sentiment que, contrairement aux mois précédents, l'objectif a été pleinement réussi.  Évidemment, pour le mois de mai, il me reste au moins trois, et préférablement quatre, autres 5 km loufoques pour crier mission accomplie.  Présentement, je suis à la veille d'aller faire un 5 km avec ma petite Énya dans la poussette à la Course des Petits Trotteurs à Pointe-du-Lac.  Il n'y a aucun doute que je puis faire sous 25:00...

lundi 23 avril 2012

Jongler avec les options...

Michel Cusson et moi au départ du défi Montréal-Québec
qui a dû être avorté moins de 3 heures plus tard
Pour tous ceux ou celles qui ne le sauraient pas déjà, le défi Montréal-Québec est partie remise.  Une forte irritation du jambier antérieur a fait en sorte que si j'ai pu prendre le départ au pied de la croix du Mont-Royal vendredi 6 avril, je savais déjà qu'il y avait un fort risque d'interrompre en cours de route.  Même que les recommandations des thérapeutes (hautement qualifés) qui m'ont traité dans les jours précédents ont, au mieux, disaient ambigüe l'idée de prendre le départ.  L'arrivée était donc plus qu'incertaine, et ce, avant même la première foulée.  De fait, j'ai dû abréger l'expédition après 2h30 de course, soit après la piste cyclable de Boucherville.  J'aurais certainement pu terminer, avec une douleur atroce, la première journée en me rendant au moins à Sorel.  Or je n'aurais assurément pu compléter les deux ou trois jours suivants.  Cela ne signifie pas que je renonce au défi.  Au contraire.  J'ai plus fermement qu'avant la motivation et la conviction d'y arriver avec un relatif brio.  Ce ne sera que plus tard...

Mes "feelings" sont ambivalents par rapport à la situation, que j'hésite à qualifier d'échec.  Ce qui m'affecte le plus, c'est la déception que cela génère chez tous ceux qui suivaient l'aventure attentivement.  Je me sens un peu mal de ne pas avoir pu livrer la marchandise.  C'est vrai auprès des coureurs qui attendaient mon passage près de chez eux pour faire quelques kilomètres avec moi; c'est vrai des proches qui attendaient le résultat; c'est vrai du public en général qui me témoignait son encouragement avant le départ.  Mon estime personnelle est aussi un peu affectée.  Je ne suis pas, pour le dire ainsi, abonné aux échecs quand je m'engage dans un projet de course à pied.  En 20 ans, je n'ai jamais fait un DNF (did not finish) en compétition.  J'ai pour principe de terminer, coûte que coûte, une compétition où on s'aligne au départ.  On ne fait pas une course pour obtenir un résultat précis, mais pour puiser de soi-même le meilleur que les circonstances peuvent offrir.  Dans cette perspective, arrêter avant la fin, même si les choses ne se déroulent pas comme prévu ou selon un idéal, n'est pas une option.  Mon estime de moi est cependant intacte pour trois raisons.  Premièrement, une nuance nécessaire empêche de considérer l'expédition avortée comme un DNF: s'il avait été question d'une compétition, tel un marathon, je n'aurais même pas pris le départ.  Le calcul des risques m'auraient spontanément amené à conclure que "ce n'était pas jouable".  Là, j'avais à l'avance décidé que je prenais le départ de façon exploratoire compte-tenu de mon pied.  Autrement dit, je n'ai pris le départ du Mont-Royal que parce que la porte était ouverte pour un arrêt hâtif.  Si cette possibilité n'avait pas été claire dès le départ, alors je me serais abstenu de prendre un pareil risque.  Je n'encourage pas davantage le refus de se présenter au départ par peur de ne pas être à la hauteur que celle d'abandonner, mais je trouve tout de même plus honnête de ne pas s'engager que de briser un engagement -que ce soit de finir une course ou de quoique ce soit.  Deuxièmement, j'ai respecté la seule raison valable justifiant un abandon en cours de route: être blessé de façon à ce que la poursuite de la course implique une aggravation compromettant avec certitude la continuité des événements.  Ainsi, courir durant une journée complète sur mon pied blessé aurait non seulement empêché le succès du défi Montréal-Québec, mais aurait probablement rendu impossible les défis succéquents.  Troisièmement, l'échec n'en est un que du point de vue du concept de dodécathlon en ce sens que l'idée initiale est de réaliser un défi par mois.  Là, je dois "distortionner" le concept pour dire que, au fond, c'est maintenant de réaliser douze défis, donc en moyenne un par mois, ce qui veut idéalement dire de les répartir de façon mensuelle.  Je signale ainsi l'engagement de reprendre le défi à une date ultérieure cette année.  Ce sera en juin, septembre ou octobre.  Si le corps le veut, bien sûr. 

Je dois aussi ajouter que je peux être en paix avec le défi d'avril, avorté, pour une autre raison un peu plus subtile, mais peut-être aussi plus fondamentale.  C'est que l'une des motivations à l'origine du dodécathlon est d'expérimenter, comme célébration de ma vingtième année de pratique de la course, les facettes jusque là ignorées de ce sport qui me passionne.  A ce titre, ne pas ralier la ligne d'arrivée d'une épreuve où je prends le départ constitue une découverte, un apprentissage, une expérience que je n'avais pas vécu.  Il me reste maintenant à montrer que je peux rebondir de cela ou, si les choses continuent à mal aller, à témoigner de ma capacité à ne pas me laisser abattre par les revers.  Je crois être à la mesure de cela...   

Ceci dit, il y avait aussi des considérations pratico-pratique à interrompre plus tôt que tard.  Outre de ménager le pied afin de pouvoir envisager les défis des mois suivants, il y avait la sagesse de ne pas vider la réserve de nourriture prévue pour le défi.  Présentement, sur les 200$ de bouffe, je n'ai pris que 20$.  Tant qu'à arrêter, mieux vallait le faire de façon économique ! 

L'expérience du 6 avril aura par ailleurs été très instructive d'un point de vue logistique. 

Premièrement, avec mon père -véhicule et équipe de support- j'ai pu vérifier la partie complexe du trajet.  On s'est d'ailleurs, malgré notre planification, raté au premier point de rendez-vous après le pont Jacques-Cartier (merci Michel...) et nous avons ensuite eu un peu de difficulté au deuxième point de rendez-vous à la "disjonction" de la 132 et de la transcanadienne.  Maintenant, nous visualisons mieux les lieux, autant pour moi et les pistes cyclables que pour mon père et les autoroutes. 

Deuxièmement, je confirme qu'il me faut commencer prudemment, à un rythme conservateur de 5:30/km.  C'est d'autant plus vrai que les 10 premiers kilomètres sont ascendants et descendants. J'ai eu la belle surprise de voir Michel Cusson, coureur de Lasalle et du club Fleur de Lys, m'attendre à 6h30 sur le dessus du Mont-Royal pour prendre le départ avec moi.  Nous avons fait ensemble les 10 premiers kilomètres à un rythme organique, c'est-à-dire variable au gré du "feeling" du moment, soit en général plus près de 12 km/h (5:00/km) que de l'allure conservatrice que j'ai avantage à maintenir.  Lorsque j'ai arrêté, après 150 minutes, j'avais déjà quelques courbatures légères aux quadriceps.  Ce n'est tout de même pas "normal", pour moi habitué à de bien plus longues sorties en entraînement, d'avoir des mico-déchirures significatives à partir de 20 km...   C'est seulement là le signe que le vitesse de départ était un peu trop rapide compte-tenu des descentes impliquant des contractions excentriques.  J'aurais probablement payé le prix de ce départ "endiablé" en cours de première journée.   Un peu plus de sagesse et de retenue est de mise.  Je le sais maintenant. 

Troisièmement, j'ai vraiment conclus qu'il faut que je mange !  Mon plan alimentaire est adéquat, mais je ne peux déroger à celui-ci dans le sens d'une moindre absorbtion de calories.  Je puis dire cela en raison du sentiment de faim important qui m'a suivi dans les 24 heures qui ont suivies.  Il faut dire que, peu "amoché" par mon long jog du matin, je suis revenu à temps le vendredi pour faire, le soir, l'entraînement régulier du club d'athlétisme Kalenjins (dont je suis l'entraîneur).  Au total, le 6 avril dernier, j'ai fait 39 kilomètres, dont 8 x 1000m en intervalles.  Ainsi, en plus d'être courbaturé comme après un marathon, j'ai eu atrocement faim les jours suivants.  Qu'est-ce que cela sera quand je ferai, peu importe le rythme, 290 km en trois jours ?

Quatrièmement, je sais que ce sera à bien des moments agréable et plaisant de courir entre Montréal et Québec.  Si j'ai arrêté, ce n'est assurément pas par ennui.  Au quart de la première journée, j'avais encore "soif" d'avancer.  La promenade était douce, stimulante.  C'est "cool" de gambaber ainsi au pas de course.  Si ce n'était du pied, au niveau physique (musculaire et cardiovasculaire) je me sentais encore impéccable.  Il faisait beau, la ballade était bonne. 

Pourquoi ai-je donc interrompu ?  Parce que le pied faisait mal, trop mal.  Tout simplement.  Était-ce supportable ?  Bien sûr, au sens du philosophe grec Épicure qui nous rappelle que la douleur n'est rien puisque celle qui est longue est supportable et celle qui est brève (alors intense) ne dure guère longtemps.  Donc, dans tous les cas, inutile de s'en faire avec la douleur (elle passera vite ou elle est peu de chose).  La question n'était pas de savoir si, malgré les grimaces ou gémissements involontaires de douleur échappés ici et là à partir du 15e kilomètres, j'aurais pu continuer à avancer.  Bien sûr que j'aurais pu.  Le problème était plutôt de savoir durant combien de temps cela aurait été possible.  La réponse est: moins que le temps nécessaire pour rejoindre Québec, probablement; moins que celui requis pour mener à terme les défis des huits mois suivants, assurément.  Mon critère de décision avait d'ailleurs été fixé à l'avance: si la douleur était intermittente (ex: disparaît durant 10 minutes ou une heure pour revenir et repartir de plus belle, etc.), alors je continuais à avancer.  Si la douleur persistait durant plus d'une heure à chaque pas en augmentant progressivement, alors cela ne valait pas le coup de poursuivre compte-tenu de tout le reste de ce que j'ai pu expliquer jusqu'ici.  J'avais fait 15 km que je savais déjà que c'en était fait... 

Depuis, j'ai donc continué de soigner mon pied qui est, cependant, encore en piteux état.  J'ai tout de même pu encaisser, depuis le 6 avril, plus de 300km en entraînement.  C'est cependant encore très douloureux, à peine mieux malgré tous mes soins.  Mais il faut avancer vers les autres défis...

En ce sens, j'ai accru ma pratique du joggling (courir en jonglant).  Cela progresse bien.  Le seul hic, honnêtement, c'est d'arriver à ne pas échapper les balles !  Oui, je sais: un jongleur qui échappe ses balles n'est pas très impressionnant !  J'ai, depuis le défi Montréal-Québec, couru environ 80 km en jonglant.  Ma première sortie fut un 5 km en 50 minutes (incluant les descentes dans le fossé bordant la route pour ramasser les balles y ayant roulé...).  Ma meilleure performance fut, récemment, un 21 km en 2h00.  Autrement dit, au mieux, j'ai réussi à tenir 5:42/km.  Je suis loin de l'objectif d'une moyenne de 5:00/km.  Je ne suis pas encore impressionnant !  Par contre, je n'ai jamais tenté d'y aller à pleine vitesse.  J'ai seulement jogger en jonglant.  J'ai confiance que je peux faire mieux que 5:42/km.  On en saura plus dimanche prochain, 29 avril, à la course du cégep, jour du défi.  Tout ce que je peux vous promettre, si vous me permettez un jeu de mot douteux,   est de dire que quoiqu'il advienne "I'm gonna run with my balls !"    Le  dodécathlon continue, en effet.  The show must go on ! 

D'ailleurs, je dois déjà anticiper les futurs défis.  Par exemple, en vue de juillet, j'ai commencé à faire des séances d'intervalles de 400m.  J'en suis présentement à 20x400m.  Je mijote aussi les autres 5 km loufoques qui m'attendent en mai.  Tout cela, cependant, avec la conscience que je devrai être flexible (et mes supporteurs compréhensifs) du fait que j'aurai un nouvel enfant -un petit gars- d'ici quinze jours.  Avec deux poupons de moins de 2 ans et un travail à temps plein au cégep (eh oui, la grève a prolongé la session), les choses ne seront pas aisées.  Un nourrisson, ce sera ma façon de me préparer au défi de juin qui demande de demeurer éveillé durant toute une nuit...

mercredi 4 avril 2012

Un chemin de croix durant la semaine sainte ?

Dans mon dernier message, je prévenais qu'il se pouvait que je me plante sur la route Marie-Victorin.  C'était encore plus ironique que je ne le croyais, puisque ce qui pourrait m'arrêter est justement "botanique": ma plante de pied !  Plus exactement la zone d'insertion du jambier antérieur.  En raison de cela, durant la semaine de Pâques, je n'arpenterai pas les 14 stations d'un chemin de croix ! (l'allusion ne vient pas de moi, mais d'un coureur étudiant à l'UQTR qui m'a dit, sans réaliser la date prévue de l'aventure: "je trouve que tu as du guts de faire un chemin de croix"). 

Depuis une dizaine de jours, j'ai consulté deux fois en thérapie du sport, deux fois en osthéopathie et une fois en chiropractie pour, d'abord, mon problème de genou et, ensuite, mon problème de pied -le second étant une conséquence, par compensation, du premier.  Chaque fois, j'ai vu des professionnels compétents avec des savoirs-faire propre à la course à pied.

Au niveau du genou, j'ai obtenu trois avis différents !  Le thérapeute du sport de Sport-Médic me dit que c'est le nerf fémoral (donc une sorte de cruralgie); la chiro (coureur de niveau national) me dit que c'est plutôt le muscle couturier; l'ostéopate de chez Stadium (C.Berry) voit de son côté un désalignement de la rotule.  Une autre osthéopathe a, précédemment, la semaine dernière, identifié un paquet de petits mésalignements articulaires qui pouvaient contribuer au problème de genou.  Ça rend le problème compliqué, n'est-ce pas ?  Heureusement, le genou se porte déjà mieux en raison de tous ces traitements apportés et ceux que je puis apporter moi-même de mon côté (glace, étirements, auto-massage, crème, etc.).  Alors que, la semaine dernière, je ne pouvais pas courir plus de 3 minutes sans une vive douleur au genou, je puis aujourd'hui faire 20 km à bonne allure avant que n'apparaisse la douleur.  A basse vitesse, il se pourrait que je n'ai pas ou très peu de problème de genou.  Le problème est le pied.

En bons thérapeutes, il n'y a aucun qui m'a suggéré de prendre le départ de Montréal-Québec dans ces conditions.  Aucun n'a cependant dit que j'allais assurément causer des dommages à long terme non plus.  Autrement dit, l'évaluation des risques me revient.  D'ailleurs, j'en profite pour dire quelque chose: personne ne peut jamais, de toute façon, être le maître de notre propre corps.  C'est à chacun qu'appartient la responsabilité de son corps.  Personne ne peut m'empêcher ou me forcer à courir, la décision me revient. 

Dans mes vingts dernières années, j'ai eu la "chance" de connaître la plupart des blessures classiques affligeant les coureurs: périostites, bandelettes, fractures, entorses, claquages, métatarsalgies, élongations, fasciites plantaires, etc.  Si j'ajoute à cela les blessures plus particulières (déchirure du psoas, blocages de dos, problèmes d'orteils, etc.), alors la liste s'allonge à un point qu'il serait mal venu d'en faire l'énumération exhaustie ici.  Pourtant, sur 20 ans, en dehors des arrêts planifiés (phases de transition prévues), j'ai dû arrêter, en tout et partout, 14 mois.  Malgré toutes les douleurs ou blessures précédentes, je n'ai été forcé de prendre que 14 mois de repos, et ce, en incluant les jours où j'ai du sauté une simple séance et en excluant toutes les fois où j'ai pu faire du transfert (x-training: aqua-jog, elliptique, vélo...).  C'est donc moins que 14 mois de repos forcé sur plus de 200 mois.  A travers ce temps, j'ai fait plus de 50 000 km de course.  Cela m'amène à poser une question toute simple: est-ce que j'aurais pu courir autant si j'avais "écouté mon corps" au sens de lui donner un répit à chaque fois qu'il se plaignait par une blessure significative ?  Combien de fois ai-je été, consciemment ou non, à l'encontre des recommadations réelles ou probables d'un thérapeute ?  

S'il avait fallu que j'attende de ne pas avoir de problème pour courir, alors je n'aurais pas couru souvent...   Cela me convainc de prendre le départ ce vendredi matin, à 7h00, en haut du Mont Royal, en direction de Québec.

Par contre, "en direction de Québec" ne signifie pas la même chose "qu'à destination de Québec".  La nuance est que je m'autorise d'avance, exceptionnellement, compte-tenu de l'état de ma douleur, à abréger l'expédition.  S'il le faut, selon certains critères stricts prédéterminés, j'arrêterai aussitôt qu'au sortir du pont Jacques-Cartier.  Au mieux, je me rends au Château Frontenac, mais c'est là une cible à laquelle je ne puis penser à 48 heures du départ.

Si je me dois, pour cause de douleur au pied droit aïgue (dont l'aggravation pourrait compromettre sérieusement les prochains mois), alors j'aurais au moins fait un test spécifique de ce que sera le défi Montréal-Québec quand je m'y reprendrai durant l'année.  Autrement dit, si je ne réussi pas en avril, je prend déjà l'engagement de m'y reprendre plus tard... 

A tout le moins, tout est prêt au niveau logistique.  On verra.  Keep the faith. 

jeudi 22 mars 2012

Honorifique ou ironique si je me plante sur Marie-Victorin ?

S'il n'y a pas de succès sans réussir l'essentiel et aucune excellence sans y ajouter le détail, alors je vais viser le succès puisque la préparation du défi Montréal-Québec cloche dans les coins qui me paraissent devoir être tournés un peu ronds...

L'essentiel, lui, est assuré.  Le départ se fera du pied de la croix du Mont-Royal le 5 ou le 6 avril à 7h00 au matin selon l'état de la grève étudiante qui a cours en ce moment.  Non pas que je craigne d'être bousculé par un flic ou un manifestant, voire pire interdit d'accès sur le pont Jacques-Cartier, mais simplement qu'en temps normal, j'enseigne tous les jeudis matins, alors ma disponibilité du jeudi 5 avril dépendra de la poursuite ou de l'interruption de la grève étudiante.  Quoiqu'il en soit, je prendrai le départ sur la montagne pour descendre directement vers le centre-ville de Montréal avant de sortir de l'île pour joindre la route 132 sur la Rive-Sud.  De là, j'arpenterai cette route -nommée Marie-Victorin- jusqu'à plus ou moins Sorel la première journée (si tout va bien), avant de dormir dans cette jolie municipalité champêtre (euh ?  Ok, industrielle) et de repartir vers un point entre Bécancour et Sainte-Croix où se terminera la seconde journée (si tout va bien).  Du coup, cela implique que j'envisage l'éventualité de compléter la distance en trois jours, soit environ 95 km par jour.  C'est là, du moins, en théorie, le plan de base, l'idéal.

Durant le périple, je serai accompagné par mon père, Gilles.  Celui-ci, après une première vérification du parcours avec cartes routières et visualisation sur internet (vive Google street view !), s'est "tapé" le trajet en auto afin de faire une visite de reconnaissance et prendre des notes des endroits stratégiques (toilettes, stationnement du véhicule, hébergement sur le chemin, etc.).  Il a même pris la peine de visiter des chambres d'hôtel et de parler de l'éventualité de notre venue avec des propriétaires ou employés ! 

C'est aussi mon père, dans le véhicule de support (mon super Honda Élément) qui trimbalera tout le matériel et assurera quelques tâches: faire les "refill" de la poche d'hydratation, me peser à toutes les 3h00, fournir aliments prévus à heures fixes, enregistrer les données de la montre GPS et recharger celle-ci, faire les téléphones aux intéressés recontrés sur le parcours, etc.  Il ne me restera, à moi, que la tâche de mettre un pied devant l'autre durant 10 heures consécutives chaque jour.  Énoncé vite comme cela ("bah, seulement se promener en courant durant 10 heures"), le défi semble aisé.  Je sais très bien qu'il en sera tout autrement.  Je ne me fais aucune illusion là-dessus...  

Fidèle à la rigueur que je préconise et valorise, j'ai considéré plusieurs éléments de détails importants afin de faciliter la réalisatin de la course de 290 kilomètres que je m'apprête à tenter dans deux semaines.  Premièrement, j'ai fait valider mon programme d'alimentation et d'hydratation.  C'est là, il me semble, un des aspects les plus délicats, surtout pour moi qui n'a pas l'estomac de Marie-Madelon, comme le dit la chanson.  Après avoir parlé avec quelques ultramarathoniens et lu sur le sujet de l'ingestion de nourriture lors d'un pareil effort, j'ai tiré quelques conclusions.  Tout d'abord, il faut manger beaucoup.  Après vérification par Martin Fréchette que je remercie, nutritionniste chez Excellence Sportive Sherbrooke, j'ai compris que ma dépense calorique, sur trois jours, serait d'approximativement 25 000 calories.  Je ne sais pas si vous réalisez ce que signifie ce chiffre, mais sachez que c'est environ 10 fois la ration calorique que mange un homme de relative corpulence en une journée.  Autrement dit, en trois jours, je dois manger l'équivalent de ce qu'on mange habituellement en une semaine et demie.  Ce serait encore simple si je ne devais pas courir en même temps !  Alors comment faire ?  Je ne suis pas pour ingérer 800 bananes ou 250 gels de glucides !  Assurément, il importe d'oublier, durant trois jours, les notions de saine alimentation.  Ce n'est pas le temps de rechercher un bol alimentaire visant l'équilibre fruits, légumes, protéines, fibres, féculents, glucides, gras, etc.  Compte-tenu de la quantité de calories requises, il faut y aller directement sur ce qui permet d'encaisser un maximum d'énergie, et ce, indépendamment de leur valeur nutritive (et éviter de trop prendre de fibres pour des raisons que je me passe d'expliquer).  J'ai donc décider d'y aller avec, durant trois jours, le "menu" suivant:

  • Déjeuner de nouilles déshydratées avec une tortilla (2h00 avant le départ).
  • 125 ml à toutes les 15 minutes d'un mélange 2/3-1/3 de Coke/Pedialyte.
  • Un Boost Calories Plus à toutes les 1h30.
  • Une barre tendre Chewy à toutes les 2h30.
  • Souper de 2000 calories (en évitant la viande pour les risques d'intoxication).
  • Collation de soirée de 500 à 1000 calories.
Au total, sur trois jours, cela fait tout de même 9 litres de Coke, 3 litres de Pedialyte, 20 Boost et 12 barres de céréales.  A cela, il faut ajouter 3 plats de nouilles et l'équivalent de 8 grosses poutines !  Je ne suis pas loin, avec ça, de contribuer à un vidéo de Youtube dans la catégorie "epic meal"...

Par ailleurs, la liste de l'équipement à prévoir est complète.  Du lecteur MP3 en passant par la Vaseline jusqu'au Bepto-Bismol, je crois que tout a été excellement prévu, entendre ici jusqu'au moindre détail.  La liste de ce qu'il faut mettre dans les sacs et le véhicule contient plus d'une centaine d'éléments.  C'est là une petite leçon pour ceux et celles -je m'en rends compte- qui croient qu'on se lance à la course entre Montréal et Québec les mains dans les poches avec ses seuls shorts et souliers de course.  Une fois lancé, c'est effectivement une simple répétition de l'exercice consistant à mettre un pied devant l'autre.  Il faut tout de même un "peu" de tracassement logistique ou technique avant d'en venir à cela.

Au sujet des préoccupations, ma grippe de genou trône en tête de liste.  Ma quoi ?  Ma grippe de genou.  Oui, vous savez comme moi que les gens font mal la différence entre un rhume, une grippe, une bronchite, une sinusite, voire même une gastro qui pourtant comprend un symptôme plutôt distinct (pour la même raison, je me passe à nouveau d'explications...).  Puisque les gens se confondent devant les divers virus, ils disent tous "j'ai attrapé une grippe".   Après ça, pour faire la différence entre un rhume et une grippe, ils spécifient si elle est petite ou "d'homme".  Eh bien dans le même genre, mais au niveau spécifique à la course à pied, j'ai attrapé une grippe de genou !  Habituellement, on appelle ça un syndrôme fémuro-rotullien ou patellaire.  C'est ce que disent les médecins ou thérapeutes quand un coureur débarque devant eux en se plaignant de douleur au genou.  Ça ne veut cependant pas dire grand chose à part que le genou fait mal.  Le mien, côté droit, présentement, ne se porte pas à merveille.  C'est vraiment un syndrôme fémuro-rotulien.  Cela pourrait compromettre le départ ou la réalisation du 4e défi du Dodécathlon.  Au moment présent, je ne suis pas capable de courir plus de 1.5 km sans douleur aigüe.  J'arrive à courir en étirant la bandelette illio-tibiale à toutes les 15 minutes (et ça, c'est parce que le faire à toutes les sept minutes me paraît trop fréquent pour mon moral).  Je conclus du soulagement de l'étirement de la bandelette que mon problème de genou (la douleur est à l'opposé de la zone étirée) est la conséquence directe d'un mésalignement articulaire qui doit partir du bassin.  Je mise donc, beaucoup, sur de la magie de certains thérapeutes dans les 10 jours précédents la date prévue du projet...

Si je suis contraint à ne pas tenter le coup le 5 ou 6 avril, ou si je suis forcé à un abandon avant l'arrivée au Château Frontenac, alors ce ne sera que partie remise: je reprendrai le défi plus tard en cours d'année ou, au pire, l'an prochain.  J'ai déjà décidé qu'à ce stade, je réaliserais un maximum de défis parmi les 12 de l'année en cours et qu'un échec sur l'un ou l'autre n'interromperait pas la suite, mais ne ferait qu'en ajourner la réalisation.  Je notamment décidé cela en raison du défi du mois d'octobre qui consiste à amasser de l'argent pour la Fondation Terry Fox.  Pour ceux qui ont donné et donneront, ainsi que pour la cause elle-même, il convient de faire un maximum de défis tel qu'initialement envisagé.  Pour l'instant, la réussite de l'ensemble des défis est encore au programme.  Mon genou peut guérir de sa grippe, j'en prends soin.

Pour ce qui est de la préparation en entraînement, c'est là aussi que les détails menant à l'excellence se perdent.  Je sais (pas besoin de me le rappeler) que pour s'aligner confiant sur un ultra-marathon, il faut avoir fait quelques longues sorties de 5 ou 6 heures.  Je prévoyais en faire une.  Je ne pourrai pas.  Un vilain rhume (pas de genou, mais de poumons, gorge, nez et tête) m'a mis KO durant sept pleines journées où je n'ai pas pu m'entraîner le moindrement.  Ceux qui me connaissent le savent, il faut quand même que je me sente sérieusement malade pour arrêter durant sept jours pour un virus.  Mes deux dernières gastro-entérites ne m'ont pas empêché de faire 80 km de course durant la semaine...  Or, cette fois, le rhume (la toux, pour être précis) m'a empêché de respecter mon plan initial d'entraînement.  Combiné au genou fragile, je peux dire que je ne suis pas prêt du tout à endurer la distance.  Il faudra compenser mentalement les lacunes physiques.  Dans la dernière année, j'ai lu Kilian Jornet, Alan Sillitoe, Tim Naokes sur Comrades, l'intégrale de Dean Karnazes et même La grande course de Flanagan: au moins j'ai eu ma dose de témoignages de ce que souffrir signifie !  Me reste à voir moi-même...




mardi 6 mars 2012

Je l'ai eu pareil (prise 2) !

Eh bien, on dirait que je suis parti pour réussir in extremis mes objectifs ou même, plus précisément, pour rater ceux-ci de si peu que je puisse me permettre de dire "ok, c'est bon, je l'ai eu pareil".  C'était mon verdict après le marathon sur tapis roulant il y a 12 jours (en 3:01 au lieu de sous 3h00). C'est à nouveau ma position après le défi du mois de mars...

Je suis passé à travers toutes les épreuves individuelles de piste, en excluant les haies de 42 pouces que je savais d'avance hors de ma portée, lors du dernier championnat provincial d'athlétisme en salle tenu à Québec sur la piste intérieure de l'Université Laval.

Le vendredi soir, 2 mars, à 18h30, dossard bien fixé à la camisole, 7mm bien vissés aux spikes, je m'élançais sur un 600m que je réussissais en 1:40.71.  Même si j'ai terminé dernier des 10 participants, cela demeure pour moi un record personnel (c'était mon deuxième essai en carrière sur la distance).  En planifiant le dodécathlon à l'automne 2011, je m'étais fixé des objectifs de temps pour chaque épreuve du championnat, et ce, en spéculant sur l'accumulation de fatigue induite par la succéssion des épreuves en cours de compétition.  Je n'avais peut-être pas suffisamment anticipé l'effet de fatigue des deux marathons dans les cinq semaines précédentes et, surtout, celui complété sur tapis roulant moins de quinze jours auparavant.  Ainsi, je n'ai pas terminé sous 1:40 au 600m comme je l'avais préalablement suggéré.  J'ai fait soixante et onze centième de plus.  Ok: je l'ai eu pareil !  

Ensuite, j'ai fait un 60m en 9.06.  J'avais fixé le seuil de réussite à 9.50.  Celui-là, je l'ai eu, facilement.  Il faut dire que, objectivement, 9.06 au 60m, chez les seniors (20-39 ans), ce n'est pas impressionnant du tout.  Bruny Surin, recordman du Québec sur la distance, prenait 30% moins de temps que moi pour le faire.  Pourtant, curieusement, je n'ai même pas fini dernier de cette épreuve ! 

Puis, j'ai terminé mon vendredi avec un 1500m en 4:48.91.  J'avais fixé l'objectif à un chrono sous 4:50.  C'est donc sur une bonne note que j'ai terminé la première soirée où j'ai, en somme, fait trois épreuves dans un intervalle de temps inférieur à 2h00 (de 18h30 à 20h15).  

À ce stade du défi, je remarquai qu'il n'était pas ce à quoi je m'attendais.  Je pensais que l'obstacle serait en majeure partie physique; que la perte d'énergie serait le facteur limitant.  J'avais tort.  Dès la fin du 600m, je comprenais que la difficulté davantage mentale.  Je me surpris moi-même à tomber dans un creux d'aggressivité sportive, de fougue psychologique, de fébrilité après le 600m.  Après la première épreuve du premier jour, déjà, la pression était tombée, l'adrénaline dissipée, les papillons de nervosité chassés et, du coup, l'attitude propice à performer évanouie.  Cela explique, en bonne partie, mon chrono sur 60m qui témoigne de mon relâchement psychologique.  Je fais probablement mieux que cela en entraînement.  Pour le 1500m, je pus trouver des restes de force mentale et, en tablant sur mon expérience de cette distance, doser l'effort pour extraire de mes capacités physiques ce qu'il en restait.  Je terminai en 4:48.91, soit une dizaine de secondes au-dessus de mes performances habituelles sur 1500m.  Dans les circonstances, je trouve cela satisfaisant.  

Le samedi soir, au contraire de ce à quoi je m'attendais suite à la première soirée, mais en accord avec mon anticipation d'avant le championnat, le défi fut davantage physique que mental.  J'ai commencé la soirée avec le 5000m marche.  Je visais sous 30:00 et je craignais une disqualification pour fautes techniques.   Mes quatres entraînements de marche dans le mois précédent ne m'assuraient pas de pouvoir marcher sous la barre des 10 km/h.  J'ai finalement fait 29:11 (donc une moyenne de 10,2 km/h).  J'en suis content, plus que de tout autre résultat de ma fin de semaine.  Dans les dernières semaines, en me préparant, cette discipline malaimée et souvent ridiculisée a gagné auprès de moi des lettres de noblesse.  C'est moins facile que cela en a l'air et ceux qui pratiquent la marche olympique sont des athlètes de bien plus fort niveau que ce que l'on pense.  

Ensuite, j'ai fait le 300m, moins de 30 minutes plus tard.  Je visais sous 47 secondes.  J'ai fait 47:10.  Ok: je l'ai eu pareil !  Sans la fatigue musculaire résultant du 5000m marche, j'aurais sans aucun doute fait beaucoup mieux.  Mais je me satisfaits de ce chrono.   Par contre, c'est à l'épreuve suivante, au 1000m, que le troisième défi du dodécathlon a trouvé sa profonde difficulté. 

J'ai "cassé" au 1000m.  En faisant 3:18.70, je terminais près de 14 secondes au-dessus de mon objectif de 3:05.  Or, je n'aurais pas pu faire beaucoup mieux.  Les batteries énergétiques étaient vides, complètement vides.  Si le concept du troisième défi du dodécathlon avait été de faire les sept épreuves en m'économisant légèrement dans chacune, il est évident que j'aurais pris le départ du 1000m avec un reste de vigueur.  Or là, j'étais crevé.  En guise d'analogie, il suffit de penser à une lampe de poche.  Au début, quand ses batteries sont neuves, elle éclaire à sa capacité maximale.  Vers la fin, quand les batteries ont perdu de leur puissance, la lampe ne fourni qu'un faible rayon de lumière.  J'étais dans la même situation rendu au 1000m: il ne me restait plus de "jus" dans mes batteries pour être étincelant sur la piste, même un peu, même dans mes propres standards personnels 

Au 3000m, dernière épreuve, 40 minutes après le 1000m, j'étais aussi à plat.  Au moins, là, je le savais.  Comme au 1500 la veille, je conclus avant le départ qu'il me fallait recourir à mon expérience.  Cela signifiait, en bonne partie, de gérer mes réserves en fonction de la distance au lieu de tout dépenser dans un premier kilomètre "fulgurant" qui m'aurait sans nul doute fait pathétiquement pâlir progressivement jusqu'à la fin.  Concrètement, cela voulait dire d'accepter de décaller des autres participants dès le début de la course pour respecter une allure correspondant à mes capacités estimées du moment, soit 3:40/km (ce qui est normalement près de ma vitesse au demi-marathon).  Comme la veille lors de la dernière épreuve, ce fut la bonne décision puisque je rencontrai -presque- mon objectif de temps (11:01 au lieu de sous 11:00) et dépassai encore un participant, parti trop vite, dans les derniers mètres.

Ainsi, au final de ces 12 000 mètres de compétition répartis sur deux soirs (une durée d'environ 3h30), j'ai fait sept épreuves, dont trois sous mon objectif, trois autres dans la seconde ou les dizièmes de centièmes au-dessus de l'objectif proposé et une épreuve (le 1000m) en-déça de l'ambition.  Je conclus, avec complaisance envers moi-même, que c'est un taux de réussite de 6 sur 7 et que cela me suffit pour juger le troisième défi réussi.  Par ailleurs, je signale que j'ai terminé trois fois dernier parmi l'ensemble des participants du championnat provincial, mais aussi premier de la marche où il n'y avait aucune adversité dans ma catégorie...  De ces positions, on peut conclure plein de choses sur les univers de la course à pied (voir à ce sujet, sur ce blog, le message du 29 février)

Je reviens de l'expérience avec, par ailleurs, quelques observations ou apprentissages auxquels je ne m'attendais pas.  Premièrement, je conclus qu'il est effectivement, comme la plupart des coachs le pensent, difficile, voire impossible, de pleinement performer dans plus d'une épreuve de demi-fond par jour.  Si on fait les épreuves sans rien économiser de l'énergie physique ou mentale, il faut une interruption d'au moins une demi-journée entre les épreuves si on espère y performer optimalement.  Par contre, je conclus aussi qu'il n'est pas vrai qu'une performance effectuée la veille hypothèque nécessairement de beaucoup celle du lendemain.  Il est très raisonnable d'envisager de performer à la même intensité sur deux épreuves en deux jours.  Au-delà de ça, c'est moins certain cependant.  Selon moi, maintenant.

Deuxièmement, je constate plus qu'auparavant la nette différence entre les épreuves de longues distances et les plus courtes.  D'une part, je sens mieux le contraste entre un marathon et une épreuve de demi-fond.  D'autre part, j'ai maintenant une vue plus incisive sur la différence de nature entre les épreuves de sprint et "d'endurance" en athlétisme.  J'ose, au risque de me faire détester ou contredire par les préjugés de certains, affirmer ceci: une épreuve de sprint (ex: 60m et 300m) est difficile en raison de tous les détails qu'il faut minutieusement harmoniser en un bref moment éclair.  Par contre, au chapitre de la détresse mentale et de la combativité devant la douleur, ce n'est vraiment rien.  En demi-fond, la difficulté me semble de plus en plus au niveau de la juste intensité qu'il faut mentalement démontrer à chaque instant de la course.  Il faut être "sharp" mentalement et physiquement.  J'ose clamer que la difficulté physique générale y est plus ardue que dans un marathon, car l'ensemble de l'organisme est mis à contribution dans ses limites maximales.  Le coeur est à son max, un nombre élevé de fibres musculaires est hautement sollicité, les paramètres métaboliques ou neuro-musculaires sont à fond et le niveau de concentration ou de "guts" doit être à son paroxysme presque durant toute la durée de la course.  Par contre, dans un marathon (j'en ai quand même fait deux dans les 5 dernières semaines, alors la comparaison entre les deux "mondes" m'est plus facile aujourd'hui qu'auparavant), il faut davantage lutter contre la perte de ses capacités.  En demi-fond, il faut sans cesser tirer de son potentiel ce qui reste tandis que, dans un marathon, il faut résister à ce que la durée nous a enlevé.  Par exemple, dans un 1500m, après 1100m, il faut vouloir demander à ses muscles de continuer à fonctionner à plein régime.  Il faut demander que ceux-ci nous donnent encore quelque chose afin de réussir.  Dans un marathon, il faut plutôt, après 35 kilomètres, faire taire les signaux en provenance des muscles pour éviter que ceux-ci nous prennent quelque chose qui nous ferait échouer.  Ce sont là, bien sûr, des réflexions inachevées.  Elles sont cependant, pour moi, maintenant mieux supportées par l'expérience et pourront ainsi mieux se développer au fil du temps, ce qui ne manquera pas de me servir dans ma tâche de coaching autant que d'athlète. N'est-ce pas, d'ailleurs, un des buts initiaux du dodécathlon: parfaire ma quête d'expériences là où elle était incomplète ?

Troisièmement, je constate de plus en plus que, davantage que je m'y attendais, les gens sont amusés par le concept du dodécathlon.  Devant un défi, même pris isolément et sans être au courant des onze autres, les gens, sauf exception bien sûr, semblent trouver le projet trippant.  C'est drôlement fou à leurs yeux, mais suffisamment divertissant et "débile" pour susciter des réactions favorables et un enthousiasme qui, je l'avoue, est sur moi aussi contagieux.  Bien sûr, ce projet personnel ne ralliera jamais les foules, mais dans sa modeste mesure il égaïe autour de lui.  Les gens me renvoient de l'énergie alors que j'en dépense beaucoup dans la préparation et dans la réalisation de chacun des défis.  L'intérêt, amusé et curieux, autour du dodécathlon me surprend d'autant plus que personne y gagne quelque chose.  Je crois que, derrière cela, se trouve un soupçon de reconnaissance de ce pourquoi on pratique initialement la course, voire le sport en général avant l'établissement de structures, de pression compétitive, de sérieux qui dénature l'enfantin enthousiasme, ou d'encrassement dans une routine connue après maintes années à faire les choses de façon convenue : pour se dépasser, dans un esprit de plaisir ludique comme des ti-culs qui se lancent des défis dans le parc de jeux de l'école. 

J'apprécie cette réception positive de la part des gens autour du ou des défis parce qu'il serait quelque peu étouffant de sans cesse lutter, expliquer ou ignorer des commentaires négatifs.  Puis, le fait que plusieurs se prennent au jeu aide à tranquillement remplir la cruche à l'intention de la fondation Terry Fox.  Je n'ai pas besoin de convaincre les gens de donner généreusement.  Tout le monde a un ami, un proche, un parent ou un voisin qui a souffert du cancer.  La cause est gagnée d'avance et les gens me supportent spontanément dans mon dodécathlon en se joignant à moi dans la lutte contre ce fléau.  Le défi d'octore est bien parti, pour l'instant.  Merci. 

Pour l'instant, il faut tout de même se plonger dans l'organisation du défi du mois d'avril, soit de courir la distance entre le haut du Mont-Royal à Montréal et le parvis du Château Frontenac à Québec.  C'est, je crois, le défi du dodécathlon qui frappe le plus l'esprit des gens dans la population en général, c'est-à-dire chez ceux qui sont étrangers à la course à pied.  C'est probablement l'idée de courir autant de kilomètres ou autant de temps qui confère un statut d'énormité à ce défi aux yeux de la plupart.  Pourtant, pour moi, qui est rendu à m'y préparer, ce qui le rend énorme est quelque chose de pourtant commun aux yeux de la plupart: manger beaucoup.  Beaucoup.  Vraiment beaucoup.  Réalisez-vous combien de calories il faut ingérer en environ trois jours pour courir entre Montréal et Québec ?  Presque 30 000.  Pensez-y, c'est, pour un homme de corpulence moyenne, l'équivalent en trois jours de tout ce qu'on mange normalement en deux semaines !  Et ça, il faut le faire en courant !  Plus de détails seront donnés sur le prochain défi dans une dizaine de jours.

Encore merci de suivre l'aventure avec moi.

P.S.: Merci à ma blonde, Marianne, et à Samantha Chenard-Rousseau d'avoir pris les images, ainsi qu'à Diane Pomerleau d'avoir gentillement épaulé en donnant des splits et des encouragements toute la fin de semaine.
  

mercredi 29 février 2012

Je m'apprête à commettre un défi d'initié !

Le degré de difficulté des défis du dodécathlon n'est pas égal.  Je croyais initialement que celui du mois de mars serait peu élevé.  J'avais tort.  Je m'apprête à faire quelque chose de loufoque -ça je le savais depuis le début- mais, plus j'y pense, de très ardu.  Y en aura pas de facile !

Vendredi soir, vers 18h30, je vais m'élancer pour un 600m au championnat provincial civil d'athlétisme.  Environ 30 minutes plus tard, je ferai un 60m sprint.  Ensuite, une heure après, je ferai un 1500m.  Le lendemain soir, je poursuivrai avec, d'entrée de jeu, un 5000m marche pour, trente minutes plus tard, faire un 300m.  Une autre demi-heure plus tard, je ferai un 1000m et, pour finir le défi du mois de mars, un 3000m.  Au total, je ferai sept épreuves en moins de 4 heures, réparties sur deux soirs consécutifs.  C'est, en excluant les échauffements, presque 10 000 mètres de compétition à intensité maximale dans un même championnat.  C'est quand même beaucoup...  La plupart des gens, extérieurs au monde de la course à pied, et par surcroît de l'athlétisme, réagissent fortement au défi de courir entre Montréal et Québec ou à celui de faire 400km en une semaine.  Ceux qui ont une expérience personnelle, significative, de la course à pied, voient plutôt que le plus intimidant est probablement celui de juillet (40x400m par jour durant une semaine).  Je crois cependant que mon défi du mois de mars ne peut, en termes de difficulté, qu'être pleinement compris par ceux qui ont fait de l'athlétisme au nivau provincial dans leur vie.  C'est pourquoi, pouvons-nous dire, que je m'apprête à commettre un défi d'initié !

Ce dont je me rends compte, en tout premier lieu, est qu'il absolument impossible de se préparer mentalement en visualisant chacune des épreuves isolément.  Autrement dit, il ne sert à rien d'essayer trop fort d'appliquer des techniques de visualisation pour arriver au départ de chacune des épreuves avec la bonne attitude.  C'est aussi impossible, je m'en rends compte de jour en jour, d'établir une stratégie pour chaque épreuve.  Il y a trop d'épreuves en trop peu de temps avec trop de variables inconnues (dont, évidemment, mon état de fatigue croissante d'une épreuve à l'autre) pour concevoir le défi dans ces détails.  Du coup, il n'est possible de se préparer que globalement, c'est-à-dire sur l'attitude requise pour l'ensemble du défi et non sur les épreuves prises séparément.  Concrètement, ça se résume à une chose toute simple: penser à l'épreuve immédiatement en avant de soi dans l'horaire, sans songer à la suivante, y aller à fond avec le "guts", sourire quoiqu'il advienne après l'épreuve, l'oublier et seulement alors penser à celle qui suit...  Anticiper l'effort requis pour une seule épreuve est généralement suffisant pour intimider quiconque veut bien performer, alors tenter de prévoir plus d'une épreuve à la fois "fout solidement la chienne".  Mieux vaut y aller une épreuve à la fois, parce que c'est autrement trop épeurant mentalement (ça va faire mal en fin de semaine...)

En plus, pour bien me donner confiance, je souligne que je suis dans les derniers participants dans toutes les épreuves sur les listes de performance (sauf la marche où nous seront deux et dont je suis le seul représentant dans ma catégorie !).  En effet, je suis le dernier au 60m, l'avant dernier au 300m, etc.  Comme je suis inscrit avec des chronos près ou identiques à mes records personnels sur les distances, ce que je n'égalerai évidemment pas avec la fatigue cumulative des épreuves, neuf jours après un marathon (le deuxième en trois semaines), et ce sans entraînement hyper spécifique pour chaque épreuve.  Bref, je vais plus souvent qu'à mon tour finir dernier en fin de semaine.  Mon orgueil m'invite à au moins vouloir faire amende honorable en limitant l'écart entre moi et ceux immédiatement en avant.  Or, dans le contexte de réalisation des épreuves, avouons qu'il n'y a rien là pour me rassurer davantage...

Ma situation de "exact contraire de favori" est tout de même digne d'un commentaire, d'une observation.  Sur plus de 250 courses à pied sur route que j'ai pu faire dans ma vie, de 3 km à l'ultramarathon, j'ai terminé dans le top trois de ma catégorie dans plus de 60% des courses.  Bien sûr, plusieurs médailles et podiums ont été obtenus dans des courses régionales où la crème de l'élite provinciale était absente.  Cela fait tout de même de moi un des bons coureurs de la région Mauricie/Centre-du-Québec, qui contient grosso modo des athlètes d'un même calibre que celui des autres régions du Québec.  Le commun des coureurs, dans les compétitions sur route, me partage souvent sa perception lui faisant dire que je suis un coureur rapide, à tout le moins dans ceux d'une autre catégorie de vitesse que la sienne, même rêvée. Or, en athlétisme, sur piste, dans un championnat provincial, je suis presque regardé comme une curiosité, un phénomène de foire: un vieux (j'ai 33 ans dans un monde abérrant où les meilleurs ont moins de 25 ans -donc moins que leur apogée physiologique...) qui fait ses petites affaires en continuant la course malgré son faible niveau.  Autrement dit, dans un milieu je suis vu comme faisant partie des meilleurs, des extra-terrestres de la vitesse, alors que dans l'autre je suis vu comme la tortue persévérante qui n'a presque pas d'affaire là.  Serait-ce là la traduction du côté récréatif, mais vraiement récréatif, de la course sur route et, de l'autre, du côté élitiste, mais vraiment élitiste des pistards ?  Peut-être.  Ce sont deux mondes.  Ça fait vingt ans que j'évolue dans les deux.  Tout coureur complet ne devrait, selon moi, faire autrement.  C'est simple: les coureurs sur pistes ne devraient pas lever le nez, encore moins être hautains ou suffisants, devant la course sur route.  A l'inverse, les coureurs sur route devraient découvrir la piste qui, elle même, aurait avantage à ouvrir ses portes de façon plus acceuillante.  Les coureurs des deux groupes, j'en suis convaincu, gagneraient à sortir de leur zone de confort ou de pratique pour, de temps à autres, se plonger dans le milieu de l'autre qui a beaucoup à enseigner.

Quoiqu'il en soit de ma force morale qui ne me refuse pas de porter le dossard sur une piste malgré mon relatif bas niveau, il demeure que je ne suis pas pleinement confortable à l'idée d'aller souffrir autant sur la piste en fin de semaine, et ce, pour ménager de cuisantes défaite sur défaite ! 

Devrais-je vraiment m'en préoccuper ?  N'est-ce pas, justement, pour cet énervement, cette fébrilité que j'ai entrepris le dodécathlon ?   Effectivement, au début de l'automne dernier, c'est en partie pour renouer avec le sentiment du coureur débutant inquiet et excité sur la ligne de départ que j'ai conçu le projet des 12 défis de cette année.  Je voulais retrouver ce sentiment de stress, d'incertitude, qui ne me hante désormais plus sur les distances, épreuves et contextes maintenant habituels pour moi.  Je suis donc, comme le fait nécessairement tout débutant, sorti de ma zone de confort.  Et, croyez-moi, ça marche, ça marche...  Mais...

Je me rends compte que je suis, depuis la semaine du premier défi, donc depuis cinq semaines, dans un chronique état d'anxiété à la pensée de mes épreuves.  Quand je ne pense pas à celle qui s'approche de façon imminente, j'ai des papillons dans le ventre à l'idée de celle d'après.  Cet état, j'en suis tout de même satisfait.  C'est un peu ce que je recherchais.  Par contre, ce que je n'avais pas anticipé est que le stress qui me hante en permanence n'est pas pleinement positif.  Je me sens comme un artiste qui doit se lancer, sans préparation, devant un public différent, inconnu, chaque soir.  Ce n'est pas la nervosité confiante de celui ou celle qui s'est préparé pendant plusieurs semaines pour un marathon et qui, s'il se sent fébrile, c'est parce qu'il ou elle craind d'échouer et d'ainsi perdre les récompenses escomptées pour lesquelles il ou elle se sait, au fond, prêt malgré l'incertitude.  Moi, je me sens comme celui qu'on lance sur scène sans avoir eu la chance de se préparer suffisamment.  Sur les planches, je peux me casser la gueule pour vrai.  Il me faut faire confiance aux acquis des 20 dernières années et à mon sens de l'adaptation.

Dans tous les cas, réussir le défi de mars sera aisé: suffit de traverser toutes les épreuves sans se blesser.  Plus ardu, ce sera d'y faire une relative bonne figure. 

Il faut aussi espérer que le défi de mars sera comique, autant pour moi de le faire que pour les participants ou spectateurs du championnat de le voir.  Espérons aussi que la cruche servant à ramasser des dons pour la fondation Terry Fox contre le cancer (défi d'octobre) sortira du défi un peu plus pleine. 

Les résultats du championnat paraîtront sur www.athletisme.qc.ca ou sur le site du Rouge et Or athlétisme, et ce, pouvons-nous espérer, au jour le jour de vendredi à dimanche.